aux quat' Sardines

une galerie atelier qui porte le nom d'une plage concarnoise dans un espace livresque maritime coloré et surtout convivial. Des artistes locaux y exposent, on y rencontre aussi des auteurs pourvu qu’ils soient un peu voyageur ou marin ou gourmand.

17 octobre 2014

sous la criée

Sous l'oeil du Beffroi - annexe 3 par José le Goff

Après la guerre, dès que le mareyage s’amplifia certaines femmes d’usines trouvèrent des places mieux payées dans les magasins de marées. Passer des vapeurs moites des usines au froid glacial de ces ateliers ne les rebuta pas et elles se révélèrent très adroites pour emballer en les rangeant parfaitement les langoustines et les poissons de petites tailles dans des caissettes, devenant  Plus tard des fileteuses hors pair. A cette même époque une nouvelle profession féminine allait  grossir et s’imposer: les trieuses de poisson, qualifiées professionnellement ouvrières poissonnières mais plus familièrement appelées dans le monde des quais, les femmes dockers.

 

Selon le nombre de caisses qu’annonçait ramener dans ses flancs le chalutier, un certain nombre de femmes étaient embauchées pour le tri de sa pêche. Il n’a jamais été établi d’échelle dans la pénibilité des métiers  de femmes mais celui de femme-docker aurait sûrement eu sa place en haut de la liste. Elles commençaient à minuit tapant. Des employés de la chambre de commerce leur avaient monté de longues tables en bas des criées. Toutefois mis à part le fait  qu’elles étaient à  peu près à l’abri de la pluie, c’était comme si elles travaillaient dehors car à l’époque les criées restaient toujours grandes ouvertes. Elles se tenaient debout derrière ces larges tables sur lesquelles les hommes chaviraient le contenu de grands paniers qu’ils remontaient débordant de poissons des cales. Elles devaient trier ces quantités impressionnantes de poissons et les déposer par espèces et par tailles dans des caisses disposées derrière elles. Au fur et à mesure qu’elles triaient,  si elles n’avaient plus de poisson sous la main, elles en ramenaient vers elles   en puisant dans les tas «virés» sur la table par les hommes dockers. Pour cela elles effectuaient un grand geste demi circulaire en s’aidant d’une planchette  simple ou pointée au bout d’un petit manche si le tas des captures n’était plus tout à fait à leur portée. Demi-tour aussi pour déposer le poisson trié dans les caisses appropriées. Travail physique,  éreintant, constitué d’une foultitude de gestes répétitifs  et de rotation sur soi qui mettaient les hanches de ces courageuses à dure épreuve. Alors imaginez-vous triant le poisson mêlé à la glace remontée en même temps des cales dans une rigoureuse nuit d’hiver avec le vent d’Est mordant qui  vous fouette les visages en s’engouffrant sous les criées et vous avez une petite idée de la rudesse de ce job. Elles se couvraient, bien sûr,  fichu ou vieux chapeau sur la tête, pulls, vestes, châles, pantalons, chaussettes, sabots de bois, gants de caoutchouc enfilés par-dessus des mitaines. Mais pernicieux, le froid réussissait toujours à glisser ses morsures. Aussi la coupure de 4 heures du matin était la bienvenue et elles sortaient la thermos. Puis c’était la reprise et ces femmes qui avaient pris en main le bateau à minuit ne s’arrêtait que quand ses cales étaient vides et tous ses apports triés. Elles se reposaient l’après-midi. Mais vers 17 heures on les voyait partir par groupes de copines et c’était l’expression,   «voir la liste.» C’est qu’alors était affichée vers leur vestiaire  les embauchées de la nuit et les bateaux sur lesquels elles travailleraient. Cette liste consultée, elles passaient sous la criée voir sur un tableau le détail des pêches des bateaux inscrits à la vente du lendemain, repérant surtout celui sur lequel elles étaient affectées.  Ainsi, elles rentraient chez elles sachant ce qui les attendait à minuit, mangeaient,  dormaient souvent un peu et à 11heures et demi l’on entendrait, signent qu’elles partaient au boulot,  le claquement de leurs lourds sabots de bois résonner entre les murs des étroites ruelles du port.

Juste après la guerre également, quelques femmes audacieuses réussirent à s’infiltrer et à s’imposer dans un métier pour  ainsi dire exclusivement masculin, le mareyage. on appelle une dame chef de cuisine la mère, exemple la mère Poulard, Ces mareyeuses furent toutes appelées par leur patronyme précédé de la mère. Elles acquirent vite la réputation de dames connaissant parfaitement leur métier, âpres au gain, n’ayant pas froid aux yeux et bosseuses jusqu’à l’excès ce qui leur permettait, du moins le pensaient-elles, d’être très exigeantes avec le personnel ; exigences qu’elles récompensaient toujours très bien, du moins, elles  s’en enorgueillissaient! Des maîtresses-femmes en quelque sorte respectables et respectées et à qui il ne faisait  pas bon se frotter car autant elles jouaient les grandes dames dans d’autres milieux, autant dans le périmètre des criées, elles avaient le verbe haut et pouvaient vous clouer le bec en deux coups de cuillers à pot dans le jargon très imagé du port!... 

cc annee 50

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